En mars 2026, 132 pays se sont retrouvés au Brésil pour une conférence internationale dont on parle très peu : la COP15 de la Convention sur les espèces migratrices (CMS). Résultat : 40 nouvelles espèces rejoignent la liste des animaux migrateurs protégés par ce traité des Nations unies. Derrière ce chiffre, un constat plus nuancé : si le cadre juridique progresse, le déclin des populations migratrices, lui, ne ralentit pas.
La nuance d’Alice — L’ajout de 40 espèces à la CMS améliore le cadre juridique, mais ne change pas à lui seul la trajectoire des populations : selon la convention, environ 1 200 espèces sont déjà listées et la moitié des espèces migratrices couvertes restent en déclin. Le point clé n’est donc pas l’annonce, mais l’application concrète sur les routes migratoires.
La Convention sur les espèces migratrices : un traité méconnu mais fondamental
Adoptée en 1979, la Convention pour la conservation des espèces migratrices (CMS) est antérieure à la Convention sur la diversité biologique de 1992. C’est pourtant le seul cadre juridique international qui protège individuellement des espèces sauvages tout au long de leur parcours migratoire, y compris lorsqu’elles traversent des frontières, des zones économiques exclusives ou les eaux internationales.
Aujourd’hui, environ 1 200 espèces figurent sur les listes de la CMS : des oiseaux, des mammifères terrestres et marins, des poissons, des insectes. La convention organise aussi la coopération entre les États qui partagent la responsabilité de ces populations. Elle a donné naissance à plusieurs accords spécialisés, comme celui sur la conservation des espèces de la savane africaine ou l’accord AEWA sur les oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie.
COP15 au Brésil : 40 espèces ajoutées à la liste de protection
La quinzième Conférence des parties de la CMS s’est tenue du 23 au 29 mars 2026 à Campo Grande, au Brésil, sous le titre « Connecter la nature pour préserver la vie ». L’événement a réuni 132 États et l’Union européenne, avec un objectif concret : renforcer la protection des animaux migrateurs les plus vulnérables.
Deux espèces portées par la France
Parmi les 40 nouvelles espèces inscrites, deux ont été proposées par la France :
- La loutre géante (Pteronura brasiliensis), présente en Guyane française. C’est le plus grand mustélidé au monde, pouvant atteindre 1,80 m de long.
- Le puffin à pieds pâles (Ardenna carneipes), un oiseau marin qui séjourne en Nouvelle-Calédonie et parcourt des milliers de kilomètres chaque année.
L’ajout du Petit Chevalier (Tringa flavipes), un échassier à pattes jaunes proposé par l’Uruguay, constitue un cas intéressant. Cette espèce est encore chassable dans les Antilles françaises : sa nouvelle inscription sera un vrai test de l’engagement français en matière de protection de la biodiversité.

Quelques espèces marquantes de cette COP15
| Espèce | Type | Région concernée | Menace principale |
|---|---|---|---|
| Loutre géante | Mammifère | Amérique du Sud, Guyane | Perte d’habitat, orpaillage |
| Puffin à pieds pâles | Oiseau marin | Océan Pacifique, Nouvelle-Calédonie | Prises accessoires, pollution |
| Petit Chevalier | Échassier | Amériques, Antilles françaises | Chasse, perte de zones humides |
| Vautours migrateurs (plan CMS) | Rapaces | Afrique-Eurasie | Empoisonnement, électrocution |
Un bilan alarmant : la moitié des espèces migratrices en déclin
Si l’ajout de nouvelles espèces est une bonne nouvelle, la situation globale reste préoccupante. En 2024, la CMS avait publié un premier état des lieux mondial. Sa mise à jour, présentée lors de cette COP15, confirme la tendance : la moitié des espèces migratrices couvertes par le traité sont en déclin, et un quart sont menacées d’extinction.
Le cas des poissons d’eau douce migrateurs est particulièrement dramatique. Un rapport présenté au Brésil révèle que 81 % des populations migratrices de poissons d’eau douce ont disparu depuis 1970, principalement à cause des barrages et des aménagements qui bloquent leur circulation. Si ce sujet vous intéresse, j’en parlais plus en détail dans cet article sur le déclin des poissons migrateurs.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Espèces protégées par la CMS | ~1 200 |
| Nouvelles espèces ajoutées (COP15) | 40 |
| États membres de la convention | 132 + Union européenne |
| Espèces migratrices en déclin | 50 % |
| Espèces menacées d’extinction | 25 % |
| Populations de poissons d’eau douce disparues depuis 1970 | 81 % |
| Zones clés bénéficiant de mesures de protection | 50 % |
La CMS n’a certes pas de pouvoir de sanction directe. Mais en quarante ans d’existence, elle a contribué à la mise en place de réglementations concrètes : encadrement de la chasse, protection des habitats, création de corridors écologiques. La moitié des zones identifiées comme essentielles pour les espèces animales en danger d’extinction bénéficient aujourd’hui de mesures de conservation grâce à ce cadre.
Des menaces qui se multiplient : fonds marins, éoliennes et murs frontaliers
L’exploitation minière des abysses
Parmi les sujets abordés à la COP15, l’exploitation des fonds marins occupe une place centrale. Une étude présentée lors de la conférence montre que cette activité menace directement la moitié des espèces marines protégées par la convention. Les nodules polymétalliques convoités par l’industrie minière se trouvent précisément dans les zones de passage de nombreuses espèces migratrices.
Infrastructures électriques et parcs éoliens
Les infrastructures électriques sont identifiées comme une menace majeure et croissante. Les collisions et électrocutions sur les lignes à haute tension tuent chaque année des millions d’oiseaux migrateurs. Le cas des vautours migrateurs est révélateur : la route migratoire européenne s’est avérée plus dangereuse que le passage par l’Afrique, précisément à cause de ces installations.
Les parcs éoliens posent un dilemme similaire. Nécessaires à la transition énergétique, ils sont souvent installés dans les couloirs de vent, qui sont aussi les couloirs de migration animale. La demande croissante en électricité ne fera qu’accentuer cette pression dans les années à venir.
Les murs frontaliers, barrières invisibles pour la faune
Un point moins médiatisé mais tout aussi concret : les murs construits aux frontières des pays constituent des obstacles physiques pour de nombreux mammifères terrestres migrateurs. Combinés aux guerres et aux conflits armés, qui dévastent les habitats naturels, ces barrières fragmentent les routes migratoires et isolent les populations animales.
La biodiversité ne connaît pas les frontières politiques. C’est justement pour cette raison que la CMS existe : organiser la coopération entre les pays pour protéger des espèces qui, par nature, traversent les territoires.
Trois gestes concrets pour les animaux migrateurs
La protection des animaux migrateurs ne se joue pas seulement dans une conférence internationale. Dans les faits, l’efficacité dépend des habitats, des couloirs de déplacement et de la réduction des mortalités évitables. Selon la CMS, environ 1 200 espèces sont déjà concernées par le traité, tandis qu’un quart des espèces migratrices couvertes sont menacées d’extinction. Les leviers individuels restent modestes, mais ils peuvent renforcer la sobriété des usages et la demande de mesures plus cohérentes.
- Réduire les prises accessoires — selon la FAO, les prises accessoires représentent une part importante des captures marines ; des dispositifs adaptés peuvent réduire fortement la mortalité de certaines espèces.
- Préserver les zones humides — la disparition de 35 % des zones humides mondiales depuis 1970, selon la Convention de Ramsar, fragilise directement les haltes migratoires.
- Limiter les obstacles aux poissons — les barrages fragmentent les cours d’eau ; selon l’IEA, la continuité écologique conditionne la survie des migrations fluviales sur de longues distances.
Le sujet est surtout systémique : protection des habitats, contrôle de la chasse, réduction des pollutions lumineuses et sonores, adaptation des infrastructures, restauration des corridors. Les gestes individuels comptent quand ils orientent la demande locale, la vigilance citoyenne et les arbitrages publics, mais ils ne compensent pas un barrage mal conçu, une zone humide drainée ou une route migratoire coupée. Pour vérifier les leviers de conservation les plus robustes, une ressource utile reste l’ADEME, qui documente les impacts des aménagements et des usages sur la biodiversité.
Ce qu’il faut retenir
La COP15 de la CMS rappelle une réalité simple : protéger les animaux migrateurs est un effort collectif, lent, imparfait, mais nécessaire. L’ajout de 40 nouvelles espèces à la liste, dont deux à l’initiative de la France, est un signal positif. Mais les chiffres de déclin restent vertigineux, et les menaces se diversifient.
Ce traité méconnu mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour comprendre à quel point nos activités — de la pêche à la construction de murs en passant par la production d’énergie — affectent des espèces qui parcourent des milliers de kilomètres pour survivre. Si le sujet de la faune aquatique vous parle, je vous invite à découvrir les 16 espèces d’eau douce menacées d’extinction.
Pour aller plus loin : La situation de gare de luméville illustre des tensions locales autour d’un projet industriel très contesté.
Pour approfondir ce sujet, consultez aussi notre dossier sur Opter pour une nouvelle banque et quitter les énergies fossiles.