Qu’est-ce que le Jour du Dépassement et comment est-il calculé ?
Tu as sûrement déjà entendu parler de cette date qui tombe chaque année un peu plus tôt dans le calendrier, comme un rappel pas très joyeux de notre impact sur la planète. 😥 Le Jour du Dépassement, ou « Overshoot Day » en anglais, est un concept puissant, popularisé par l’ONG Global Footprint Network depuis 2006. Il symbolise le moment précis où l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en une année complète. Passé ce jour, nous commençons à vivre « à crédit », en puisant dans les réserves naturelles de la planète et en accumulant une dette écologique.
Imagine que la Terre te donne un budget annuel de ressources naturelles le 1er janvier. Le Jour du Dépassement, c’est le jour où tu as déjà tout dépensé. Pour le reste de l’année, tu pioches dans ton épargne, une épargne qui n’est pas infinie. En 1970, cette date tombait le 29 décembre. En 2024, elle est arrivée le 1er août. Cette avancée spectaculaire montre à quel point nos modes de consommation et de production se sont intensifiés, au point de dépasser largement les capacités de notre écosystème.
Pour calculer cette date, le Global Footprint Network se base sur deux indicateurs clés : la biocapacité et l’empreinte écologique. C’est un peu comme un bilan comptable de la nature. D’un côté, on a ce que la planète peut offrir durablement, et de l’autre, ce que nous lui demandons. La date du dépassement est obtenue en divisant la biocapacité mondiale par l’empreinte écologique mondiale, puis en multipliant ce résultat par 365 (le nombre de jours dans une année). Le résultat te donne le nombre de jours pendant lesquels nous vivons en équilibre avec les ressources disponibles.
| Concept 💡 | Définition simple |
|---|---|
| Biocapacité 🌳 | C’est la capacité des écosystèmes à produire des ressources biologiques utiles et à absorber les déchets que nous générons. En gros, c’est l’offre de la nature. |
| Empreinte Écologique 👣 | C’est la mesure de la demande humaine sur ces écosystèmes. Elle représente la surface biologiquement productive nécessaire pour fournir les ressources que nous consommons et pour absorber nos déchets. C’est notre demande. |
Ce calcul ambitieux tente de généraliser le concept de « capacité de charge » utilisé en écologie. L’idée est simple : si une population d’animaux dépasse la capacité de charge de son milieu, celui-ci se dégrade et la population finit par décliner. Appliquer ce principe à l’humanité entière est complexe et fait l’objet de débats, car nos technologies et nos sociétés modifient constamment les règles du jeu. Mais l’image reste forte et pédagogique pour faire comprendre l’urgence de la situation.
- 🌍 Les forêts : pour le bois qu’elles fournissent et le CO2 qu’elles absorbent.
- 🌾 Les cultures : pour notre alimentation, nos textiles (coton) et autres productions végétales.
- 🐄 Les prairies : pour l’élevage du bétail qui nous nourrit.
- 🏙️ Les terrains bâtis : l’espace que nos villes et infrastructures occupent sur des terres autrefois productives.
- 🐟 Les zones de pêche : pour les poissons, algues et coquillages que nous prélevons dans les océans et les rivières.
La méthodologie derrière le calcul de l’empreinte écologique mondiale

Plonger dans la méthodologie du Jour du Dépassement, c’est un peu comme regarder sous le capot d’une voiture complexe. Le Global Footprint Network a développé une méthode d’évaluation numérique très complète pour estimer la biocapacité et l’empreinte écologique. L’objectif est de rendre comparables des choses qui, à première vue, ne le sont pas. Comment comparer un hectare de forêt tropicale avec un hectare de champ de blé en Beauce ? Ou la production de coton avec la pêche au thon ?
Pour y parvenir, tout est converti en une unité commune : l’hectare global (hag). Un hectare global représente un hectare de terre ou de mer avec une productivité biologique moyenne au niveau mondial. Cette normalisation permet de tout additionner. Par exemple, un hectare de culture très fertile vaudra plus d’hectares globaux qu’un hectare de prairie aride. La qualité des sols est même évaluée par satellite pour affiner ces calculs. Au total, la Terre compte environ 12 milliards d’hectares biologiquement productifs, ce qui constitue la base de la biocapacité totale disponible pour l’humanité.
La collecte de données est un travail de titan. L’ONG s’appuie sur des sources internationales de référence comme :
- 🌐 L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
- ⚡ L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE).
- 💨 Le Global Carbon Project pour les émissions de CO2.
La méthode suit ensuite les chaînes de production jusqu’au consommateur final, en prenant en compte les produits intermédiaires, les sous-produits et même les échanges commerciaux internationaux. Cela permet de distinguer l’empreinte de la production (ce qui est produit dans un pays) de l’empreinte de la consommation (ce que les habitants d’un pays consomment, y compris les produits importés). C’est un puzzle géant avec plus de 625 catégories de produits pour l’empreinte carbone et près de 2000 espèces marines suivies !
| Composante de l’empreinte (2022) | Hectares globaux (en milliards) | Description 📝 |
|---|---|---|
| Cultures | 3.5 | Nourriture, fibres, etc. |
| Prairies | 1.0 | Élevage et produits laitiers. |
| Forêts | 1.5 | Bois, papier et autres produits forestiers. |
| Pêcheries | 0.5 | Produits de la mer. |
| Terrains bâtis | 0.3 | Infrastructures, logements. |
| Empreinte Carbone | 11.2 | Surface forestière nécessaire pour absorber nos émissions de CO2. ⚠️ |
Il est important de noter que cette méthodologie est en constante évolution. Chaque année, des améliorations sont apportées, ce qui peut entraîner des recalculs des dates des années précédentes. Ainsi, le jour du dépassement annoncé en 2024 pourrait être légèrement différent si on le recalculait avec la méthode de 2025. C’est un signe de rigueur scientifique, mais cela peut aussi créer de la confusion. Le message principal reste cependant inchangé : notre empreinte écologique a explosé depuis 1961, bien plus vite que la biocapacité de la Terre n’a pu progresser.
Les limites et critiques du Jour du Dépassement : un indicateur imparfait ?

Le Jour du Dépassement est un outil de communication formidable. Il a réussi à mettre un chiffre et une date sur un problème complexe, le rendant accessible à tous. Chaque année, il génère des milliards d’impressions médiatiques et pousse au débat. Cependant, il est crucial de comprendre que cet indicateur a ses limites et n’est pas une mesure parfaite de la santé de notre planète. En prendre conscience permet de ne pas lui donner une portée qu’il n’a pas.
La critique la plus fréquente est que son périmètre est à la fois trop réduit et trop large. D’un côté, il est trop réduit car il laisse de côté de nombreux problèmes écologiques majeurs. L’indicateur se concentre sur les ressources renouvelables et l’absorption du CO2, mais quid du reste ?
- 💔 L’érosion de la biodiversité : la disparition des espèces n’est pas directement comptabilisée.
- 💧 La pollution de l’eau et de l’air : les plastiques dans les océans, les produits chimiques dans les rivières, les particules fines dans l’air ne font pas partie du calcul.
- ⛏️ L’épuisement des ressources non renouvelables : les métaux rares, le sable ou les énergies fossiles sont pris en compte uniquement via l’énergie nécessaire à leur extraction et leur empreinte carbone, pas leur épuisement.
- ☢️ La gestion des déchets nucléaires.
Cet indicateur ne pourra jamais être l’unique thermomètre de notre impact. Il doit être complété par d’autres approches, comme celle des neuf limites planétaires, qui offre une vision plus holistique des seuils à ne pas franchir. De plus, le calcul adopte une vision très anthropocentrée, c’est-à-dire centrée sur l’humain. Il mesure les « services » que la nature nous rend. Dans cette logique, une forêt gérée de manière industrielle pour maximiser la production de bois aurait une meilleure « biocapacité » qu’une forêt primaire riche en biodiversité mais moins « productive » pour l’homme. C’est un paradoxe qui pose question.
| Ce que mesure l’empreinte écologique ✅ | Ce qu’elle ne mesure PAS ❌ |
|---|---|
| Demande en ressources renouvelables (bois, poissons, cultures…). | Qualité de l’eau et des sols. |
| Surface nécessaire pour absorber le CO2. | Pollution plastique et chimique. |
| Utilisation des sols (urbanisation, agriculture). | Perte de biodiversité. |
| Consommation liée au commerce international. | Épuisement des ressources non renouvelables. |
D’un autre côté, on peut lui reprocher d’être trop large en agrégeant des éléments qui ne sont pas substituables. Mettre dans le même panier des céréales, du bois, des poissons et du CO2 sous une seule unité (l’hectare global) suggère qu’on pourrait compenser une surpêche massive en plantant plus d’arbres. Or, la dégradation d’un écosystème marin ne peut pas être « réparée » par la bonne santé d’une forêt à l’autre bout du monde. Chaque enjeu écologique a ses propres dynamiques et ses propres seuils critiques.
Le poids écrasant du CO2 dans le calcul du Jour du Dépassement
Quand on regarde les chiffres de l’empreinte écologique de plus près, un élément saute aux yeux : le dioxyde de carbone (CO2). À lui seul, il représente plus de 60 % de l’empreinte écologique totale de l’humanité. C’est colossal ! Cela signifie que si l’on retirait l’empreinte carbone de l’équation, nous ne serions même pas en situation de dépassement global pour les autres catégories (cultures, forêts, pêcheries…). Le dépassement est donc, avant tout, un dépassement climatique.
Cette composante est aussi celle qui explique la quasi-totalité de l’augmentation de l’empreinte depuis les années 70. La façon dont elle est calculée est d’ailleurs l’un des points les plus débattus de la méthodologie. Le Global Footprint Network estime la surface de forêt qu’il faudrait pour absorber toutes les émissions de CO2 que les océans et autres puits naturels n’ont pas déjà captées. C’est une construction théorique intéressante, mais qui a ses failles. Personne ne propose sérieusement de planter des arbres sur une surface équivalente à plusieurs continents pour compenser nos émissions. C’est irréaliste et cela poserait d’autres problèmes écologiques (monocultures, impact sur la biodiversité, etc.).
De plus, la capacité d’absorption des forêts est très variable et fluctuante. Une jeune forêt en pleine croissance absorbe beaucoup de carbone, tandis qu’une forêt mature atteint un équilibre. Avec le changement climatique, certaines forêts deviennent même des sources nettes de carbone à cause des sécheresses et des incendies. Le chiffre utilisé pour la conversion est donc sujet à caution et pourrait devenir infini si nos puits de carbone naturels s’effondraient.
| Composante de l’empreinte | Part du total (approximative) |
|---|---|
| Empreinte Carbone 💨 | ~ 60% |
| Cultures 🌽 | ~ 20% |
| Forêts 🌲 | ~ 10% |
| Autres (prairies, pêche, bâti) 🎣 | ~ 10% |
Cette surreprésentation du CO2 masque d’autres réalités. Les données globales montrent que les prairies, les zones de pêche et les forêts sont exploitées en dessous de 100% de leur biocapacité à l’échelle mondiale. Pourtant, on sait que la déforestation est un problème majeur en Amazonie et que la surpêche a vidé certaines zones maritimes. L’agrégation globale cache ces drames locaux. Le fait qu’une zone soit sous-exploitée ne compense pas la destruction d’une autre. Revenir sous le seuil du dépassement en réduisant nos émissions de CO2 serait une excellente nouvelle pour le climat, mais cela ne garantirait absolument pas que tous les autres problèmes écologiques seraient réglés.
- 💡 Le dépassement est principalement climatique : sans nos émissions de CO2, nous serions globalement en équilibre.
- 🤔 Une conversion théorique : transformer le CO2 en « hectares de forêt » est une astuce de calcul, pas une solution réelle.
- ⚠️ Une vision globale qui masque les crises locales : la surpêche ou la déforestation sont des problèmes graves même si l’indicateur global est « au vert » sur ces postes.
Jour du Dépassement par pays : que nous apprennent les comparaisons ?
L’un des aspects les plus parlants du Jour du Dépassement est sa déclinaison par pays. Elle met en lumière les inégalités écologiques profondes qui traversent notre monde. Il existe deux manières principales de présenter ces données, chacune avec une signification différente.
La première, et la plus médiatisée, consiste à calculer la date à laquelle le Jour du Dépassement mondial arriverait si toute l’humanité vivait comme les habitants d’un pays donné. C’est un exercice de pensée qui permet de comparer les modes de vie. Par exemple, si tout le monde consommait comme un Français moyen, le dépassement arriverait début mai. Si tout le monde adoptait le mode de vie américain, ce serait dès le mois de mars. À l’inverse, si le monde vivait comme un habitant du Nigeria, nous n’atteindrions pas le dépassement avant la fin de l’année. Cette approche est très efficace pour prendre conscience de l’impact de nos sociétés de consommation, en incluant les émissions et les ressources liées à nos importations.
| Pays 🌍 | Jour du dépassement « si le monde vivait comme… » (dates approx.) | Nombre de planètes nécessaires 🪐 |
|---|---|---|
| Qatar | Début Février | ~ 9 |
| États-Unis | Mi-Mars | ~ 5 |
| France | Début Mai | ~ 2.9 |
| Chine | Début Juin | ~ 2.4 |
| Indonésie | Début Décembre | ~ 1.1 |
La deuxième approche compare directement la biocapacité nationale d’un pays avec son empreinte écologique nationale. Certains pays sont des « créditeurs » écologiques (comme le Brésil ou le Canada), car leurs écosystèmes génèrent plus de ressources qu’ils n’en consomment. D’autres, comme le Japon ou la France, sont des « débiteurs » écologiques : ils consomment plus que ce que leur propre territoire peut fournir et dépendent donc des ressources des autres. Cette vision est intéressante pour analyser l’autosuffisance écologique d’une nation, mais elle est plus délicate à interpréter. Faut-il en conclure qu’un Brésilien a plus le « droit » de polluer qu’un Français parce que son pays possède une vaste forêt ? La question est complexe, surtout quand on sait que le principal moteur du dépassement, le CO2, a un impact global qui ne connaît pas les frontières.
Enfin, l’empreinte écologique est souvent utilisée dans les débats sur la population. Ses créateurs ont parfois tenu des discours suggérant que la croissance démographique était la principale responsable du dépassement. C’est une vision simpliste et dangereuse. Le calcul de la biocapacité par personne diminue mécaniquement avec l’augmentation de la population, mais il ne tient pas compte du fait que nos techniques agricoles ont permis d’augmenter la production bien plus vite que la population. Le vrai problème n’est pas tant le nombre d’habitants que leurs modes de consommation, qui sont extraordinairement inégaux à travers le globe.
- ⚖️ Comparer les modes de vie : la méthode la plus juste pour visualiser les inégalités d’impact.
- 🗺️ Autosuffisance vs. dépendance : une vision de la balance écologique nationale, mais à interpréter avec prudence.
- 👨👩👧👦 Population ou consommation ? Le débat est complexe, mais l’essentiel de l’impact vient des modes de vie des pays les plus riches, pas du nombre d’habitants des pays les plus pauvres.
Au final, malgré ses défauts, le Jour du Dépassement reste un outil précieux pour engager la conversation. Il ne faut pas le prendre comme une vérité scientifique absolue, mais plutôt comme un puissant symbole qui nous rappelle chaque année que nos ressources ne sont pas infinies et que nous devons collectivement revoir notre rapport au vivant.