C’était il y a tout juste un an. Le 8 décembre 2024, les images faisaient le tour du monde : le dictateur Bachar al-Assad fuyait Damas, laissant derrière lui un pays morcelé, mais libéré d’une poigne de fer vieille d’un demi-siècle. Aujourd’hui, en cette fin d’année 2025, l’heure n’est plus seulement à l’euphorie de la chute, mais à la réalité complexe de la reconstruction. Ce n’est pas parce que les canons se sont tus que tout est réglé, loin de là. Entre inflation galopante, infrastructures en miettes et désir de justice, le quotidien des Syriens reste un combat, mais un combat qu’ils mènent enfin pour eux-mêmes. On fait le point sur cette année charnière où la vie reprend ses droits, parfois là où on l’attend le moins.

De la caserne au jardin : se réapproprier les symboles de l’oppression

S’il y a bien une image qui résume la situation actuelle en Syrie, c’est celle de la banlieue de Tartous. Imagine un instant : là où stationnaient les chars et les blindés du régime il y a encore douze mois, on trouve aujourd’hui des rangées d’oignons et de choux. C’est dans une ancienne caserne militaire abandonnée que Tamam Khalil et sa famille ont trouvé refuge. Face à la crise économique, ils n’ont pas eu le choix, mais ils ont transformé cette nécessité en une petite victoire symbolique.

Cette transformation des lieux de guerre en espaces de vie illustre parfaitement la résilience de la population. Les murs, autrefois témoins de la répression, voient désormais grandir des enfants et pousser des légumes. Cependant, ne romançons pas trop la situation : les conditions restent précaires. L’accès à l’électricité est un défi quotidien et l’eau courante tient parfois du miracle. C’est le système D qui prime pour survivre dans ces ruines transformées en foyers.

Voici un aperçu des changements radicaux observés dans ces zones réinvesties par la population civile :

Aspect Sous le régime (2024) Aujourd’hui (Décembre 2025)
Usage principal Stockage de blindés et munitions Logement civil et potagers bio
Atmosphère Sécuritaire, hostile, fermée Communautaire, vivante, ouverte
Gestion Commandement militaire centralisé Autogestion et entraide voisinage

Pour rendre ces lieux réellement habitables, les défis sont encore nombreux pour les nouveaux occupants :

  • Raccordement au réseau électrique national ou installation de panneaux solaires.
  • Sécurisation des bâtiments (portes, fenêtres, toitures).
  • Nettoyage des débris militaires et des déchets toxiques laissés par l’armée.
  • Accès durable à l’eau potable pour les besoins domestiques et l’irrigation.

L’agroécologie comme arme de résistance alimentaire

Dans ce contexte de reconstruction, l’autonomie alimentaire est devenue le nerf de la guerre. J’ai été particulièrement touchée par l’initiative « Les Champs de solidarité ». Derrière ce nom poétique se cache une organisation pragmatique fondée par Kastro Dakdouk, un ancien exilé revenu au pays. Son objectif ? Remplacer la dépendance par l’autonomie paysanne. Après des années de conflits, les sols sont épuisés, pollués par les produits chimiques et la guerre.

L’idée est de créer un réseau de coopératives à travers le pays. Ce n’est pas juste du jardinage, c’est une démarche politique et sociale. En fournissant des semences et du bétail, l’association permet aux familles de ne plus dépendre d’un marché instable où les prix flambent. C’est une réponse directe à l’insécurité alimentaire qui menace encore une grande partie de la population un an après la chute d’Assad.

un an après la chute d’assad, découvrez comment les syriens s’efforcent de reconstruire leur avenir au milieu des ruines laissées par le régime, entre espoir et défis quotidiens.

Les avantages de ce retour à la terre sont multiples, tant pour l’économie locale que pour la santé publique :

Bénéfice Impact direct sur la population
Économique Réduction drastique des dépenses alimentaires grâce à l’autoconsommation.
Sanitaire Accès à des produits frais, bio, sans les pesticides qui ont saturé les sols.
Social Renforcement du lien social via les coopératives et marchés paysans.

Cependant, la transition vers le bio est complexe sur des terres abîmées. Voici les actions prioritaires menées par les collectifs agricoles :

  • Distribution de semences locales et reproductibles.
  • Formation aux techniques de vermicompostage pour enrichir les sols pauvres.
  • Mise en place de circuits courts pour la vente des surplus (marchés paysans).
  • Soutien à l’élevage de petit bétail (poules, chèvres) pour l’autosuffisance.

Un environnement sacrifié : le double fléau du feu et de la pollution

Si l’espoir renaît, le paysage porte encore les stigmates profonds du conflit. L’année 2025 a été marquée par une catastrophe écologique majeure dans la région de Beit Yachout. Au printemps, des incendies dévastateurs ont ravagé plus de 100 km² de forêts. Ce désastre n’est pas uniquement dû à la sécheresse climatique ; il est aussi le fruit du chaos sécuritaire qui a suivi le changement de régime. Entre règlements de comptes et manque de moyens de la protection civile, la nature a payé le prix fort.

La situation est tout aussi critique sur le littoral. Les années de guerre ont transformé la côte syrienne en décharge à ciel ouvert, impactant gravement la biodiversité marine et les ressources halieutiques. Pour comprendre l’ampleur des dégâts sur l’écosystème marin, je vous invite à consulter ce dossier sur la pollution marine en Syrie causée par le conflit, qui détaille les conséquences à long terme des déversements d’hydrocarbures et des déchets militaires.

Les agriculteurs locaux, comme Ali, se sont retrouvés seuls face aux flammes, luttant avec des moyens dérisoires pour sauver ce qui constitue leur identité et leur gagne-pain. Cet épisode tragique souligne l’urgence d’une politique environnementale nationale.

Type de menace Conséquences observées en 2025
Incendies de forêt Destruction de l’habitat, perte de biodiversité, érosion des sols.
Pollution côtière Contamination des eaux, chute des stocks de poissons, risques sanitaires.
Déchets de guerre Sols impropres à la culture, présence de métaux lourds et restes explosifs.

Les causes de cette dégradation environnementale sont multifactorielles et nécessitent une approche globale :

  • Les affrontements armés résiduels et l’utilisation de drones incendiaires.
  • L’absence de services étatiques structurés pour la gestion des forêts et des déchets.
  • L’impact direct du changement climatique (sécheresses prolongées).
  • L’héritage toxique des armes utilisées par l’ancien régime.

Justice et culture : panser les plaies d’une société fragmentée

Au-delà de la reconstruction matérielle, c’est l’âme de la Syrie qu’il faut recoudre. L’impunité reste un sujet brûlant. De nombreux crimes commis par l’ancien régime ou durant la période de transition n’ont pas encore été jugés. La société civile, notamment la jeunesse, refuse d’oublier. À Lattaquié, j’ai rencontré des activistes qui ne réclament pas seulement du pain et de l’électricité, mais aussi la vérité. Ils documentent, témoignent et poussent les nouvelles autorités à ne pas balayer le passé sous le tapis.

Dans ce paysage post-guerre, l’art émerge comme un vecteur puissant de guérison. Il permet d’exprimer ce que les mots peinent parfois à dire et de réunir des communautés divisées par des années de haine sectaire. Que ce soit par la peinture, la musique ou le théâtre de rue, les Syriens tentent de dessiner un avenir commun, loin des cycles de vengeance.

Acteur Rôle dans la justice transitionnelle
Commissions gouvernementales Enquêtes officielles (souvent jugées opaques et lentes).
Société civile & ONG Documentation des preuves, soutien aux victimes, plaidoyer.
Artistes Mémoire collective, sensibilisation, dialogue intercommunautaire.

Les revendications principales de la jeunesse pour bâtir une paix durable sont claires :

  • La fin de l’impunité pour les crimes de guerre et les crimes écologiques.
  • Une transparence totale sur le sort des disparus et des prisonniers.
  • La reconnaissance des dommages environnementaux comme violations des droits humains.
  • Un espace civique libre pour la création artistique et l’expression politique.

Un an après, l’espoir est fragile, mais il est têtu. La route est encore longue, mais la direction semble enfin choisie par les Syriens eux-mêmes.