C’est l’événement que tout le continent attend avec impatience. La Coupe d’Afrique des nations (CAN) s’apprête à faire vibrer le Maroc dès le 21 décembre. On imagine déjà la ferveur dans les gradins, les exploits techniques sur le terrain et cette unité incroyable que seul le ballon rond sait créer. Mais derrière les paillettes et les hymnes nationaux, une ombre plane sur la fête. Si tu as l’œil un peu aiguisé, tu n’as pas pu rater le logo qui s’affiche partout : celui de TotalEnergies. Ce partenariat soulève une question qui me taraude et qui devrait tous nous interpeller : peut-on célébrer le sport tout en fermant les yeux sur l’urgence climatique ?

Quand le marketing sportif brouille les pistes

On ne va pas se mentir, le football est devenu une machine à cash, et le marketing sportif en est le carburant. TotalEnergies, géant pétrogazier français, est le sponsor principal de la compétition, et ce, après avoir prolongé son bail avec la Confédération africaine de football (CAF) jusqu’en 2028. Pour l’entreprise, c’est une vitrine exceptionnelle. Être associé à la joie, à la jeunesse et au dynamisme africain, c’est le Graal pour soigner son image corporative.

Mais pour des militants comme Trust Chikodzo, coordinateur du collectif Kick Polluters Out, cette omniprésence est insupportable. Il dénonce une manœuvre cynique : utiliser la passion de millions de fans comme un écran de fumée. C’est ce qu’on appelle du « sportswashing ». L’idée est simple mais redoutable : capter l’émotion positive du sport pour faire oublier des activités beaucoup moins reluisantes. Pendant qu’on s’émeut devant un but magnifique, on oublie un instant les forages et les pipelines.

Il est crucial de garder un esprit critique face à ce déferlement publicitaire. Si tu t’intéresses aux mécanismes d’influence des grandes firmes, tu peux lire notre analyse sur les stratégies de communication verte qui décrypte comment les multinationales polissent leur image.

découvrez pourquoi le sponsor principal de la coupe d'afrique dénonce le football comme un écran masquant les réalités de l'exploitation économique et sociale.

L’envers du décor : droits humains et impact environnemental

Ce qui me chiffonne particulièrement, c’est le décalage abyssal entre les valeurs de fair-play du sport et la réalité du terrain imposée par l’industrie fossile. Trust Chikodzo ne mâche pas ses mots : pour lui, le football sert ici de paravent à une forme d’exploitation brutale.

Concrètement, de quoi parle-t-on ? Les projets de la multinationale en Afrique sont loin d’être anodins. Voici ce qui se cache souvent derrière les panneaux publicitaires rutilants :

  • Le projet EACOP : Un oléoduc géant chauffé traversant l’Ouganda et la Tanzanie, menaçant des écosystèmes fragiles comme le parc des Murchison Falls et impactant les ressources en eau.
  • Déplacements de populations : Plus de 100 000 personnes se retrouvent privées de leurs terres, totalement ou partiellement, pour laisser passer les tuyaux.
  • Conflits et sécurité : Au Mozambique, les projets gaziers à Cabo Delgado sont associés à une militarisation de la zone et à des accusations graves concernant les droits humains.
  • Menace sur la biodiversité marine : En Afrique du Sud, l’exploration gazière offshore inquiète grandement les pêcheurs locaux et les défenseurs de l’océan.

C’est une contradiction morale profonde. L’Afrique, qui abrite 17 % de la population mondiale mais n’émet que 4 % des gaz à effet de serre, est en première ligne face au réchauffement. Sécheresses, inondations, famines… les conséquences sont là. En sponsorisant la CAN, l’industrie fossile s’achète une respectabilité sur le dos des premières victimes de ses activités.

La communication de crise : parole contre parole

Face à cette critique sociale qui monte, TotalEnergies ne reste évidemment pas muet. La bataille se joue aussi sur le terrain de la communication. L’entreprise réfute fermement les accusations de greenwashing. Leur ligne de défense ? Ils sont présents en Afrique depuis près de 90 ans, emploient 10 000 personnes et assurent vouloir soutenir la jeunesse.

J’ai voulu mettre en perspective les arguments de la multinationale face aux constats des ONG pour y voir plus clair :

Argumentaire TotalEnergies Réalité dénoncée par les ONG
Investissement de 20 milliards d’euros dans le bas carbone depuis 2020. À l’horizon 2030, 85 % de la production d’énergie finale proviendra toujours des hydrocarbures.
Promotion des valeurs positives du football et unité du continent. Détournement de l’attention publique pendant que des projets comme EACOP divisent et déplacent des communautés.
Stratégie « multi-énergies » incluant le renouvelable (1,5 GW en Afrique). Poursuite agressive de nouvelles « bombes climatiques » fossiles incompatibles avec l’Accord de Paris.

C’est assez flagrant, non ? On voit bien la tentative de minimiser l’impact réel. C’est un peu comme si on essayait de cacher un éléphant (ou un pipeline) derrière un ballon de foot. Pour aller plus loin sur les impacts de ces grands projets, je te conseille de jeter un œil à notre dossier sur les menaces pesant sur la biodiversité africaine.

Quand le climat siffle la fin de la récré

L’ironie de l’histoire, c’est que le changement climatique, alimenté par ces mêmes énergies fossiles, est en train de tacler le football lui-même. On l’a vu lors de la Coupe du monde des clubs aux États-Unis ou lors des précédentes CAN : la chaleur devient insupportable. Les pauses hydratation se multiplient, les organismes des joueurs souffrent, et le spectacle en pâtit.

L’impact médiatique de ces événements climatiques extrêmes commence à fissurer le récit des sponsors. Comment prétendre soutenir le développement du football quand on contribue à rendre les conditions de jeu impossibles ? Accepter cet argent, c’est valider un système qui détruit le terrain de jeu. C’est une forme de complaisance institutionnelle assez effrayante.

Cela nous amène à repenser notre rapport global à la consommation d’énergie et aux transports, même dans le sport. C’est une démarche globale, un peu comme lorsqu’on décide de repenser ses choix de transport pour la planète, une réflexion nécessaire pour réduire notre empreinte carbone individuelle et collective.

Y a-t-il une alternative au sponsoring fossile ?

La bonne nouvelle, c’est que la résignation n’est pas de mise. La campagne #KickTotalOutOfAfrica portée par Greenpeace et d’autres organisations montre que la société civile se mobilise. La lettre ouverte adressée à Patrice Motsepe, le président de la CAF, est claire : il faut sortir les pollueurs des stades.

Des alternatives existent. Le football n’est pas obligé de se vendre au plus offrant si celui-ci hypothèque l’avenir. On peut imaginer des financements éthiques, des partenariats avec des entreprises engagées dans la transition réelle, ou des modèles économiques plus sobres. Pour comprendre comment d’autres secteurs s’adaptent, tu peux consulter notre article sur le financement participatif dans le sport amateur.

En tant que supporters, nous avons aussi un pouvoir. Celui de ne pas être dupes, de profiter du match tout en gardant conscience des enjeux. Le football est un vecteur d’émotions incroyable, ne laissons pas cette magie servir de caution à la destruction du vivant. Si le sujet de l’activisme te passionne, découvre comment l’engagement citoyen transforme les politiques locales.