C’est un comble, tu ne trouves pas ? On dit souvent que les cordonniers sont les plus mal chaussés, mais là, l’expression prend tout son sens, et de manière plutôt inquiétante. Alors que nous sommes en 2025 et que la conscience écologique n’a jamais été aussi forte, ceux qui risquent leur vie pour nous protéger se retrouvent exposés à un danger invisible : les PFAS. Ces substances, on les appelle les « polluants éternels », et ce n’est pas pour faire joli. Récemment, des tests ont révélé une réalité brutale : nos soldats du feu sont en première ligne, non seulement face aux flammes, mais aussi face à une contamination chimique insidieuse. Il est temps de se poser, d’analyser ce défi environnemental majeur et de voir comment on peut sortir de cette impasse toxique sans laisser personne sur le carreau.
Quand la sécurité incendie rime avec toxicité
Tu as peut-être vu passer les infos l’année dernière. En mai 2024, une campagne de tests inédite a été menée sur des pompiers venus des quatre coins de la France. Le but ? Vérifier si leur organisme portait les traces de ces fameux produits chimiques. Le verdict a fait l’effet d’une douche froide : 100 % des testés étaient positifs. Oui, tu as bien lu, 100 %.
Ce qui est fou, c’est que cette exposition chronique est documentée depuis plus d’une décennie, mais on a longtemps fermé les yeux. Lors de ces analyses, on a retrouvé du PFOA (un type de PFAS classé cancérogène) chez tout le monde. C’est d’autant plus rageant que ces substances s’accumulent. Contrairement à un rhume qui passe, les polluants persistants restent. On parle de « demi-vie » de plusieurs années dans le sang. C’est un véritable enjeu de santé publique qui dépasse le simple cadre professionnel.

Un cocktail chimique dans le sang des pompiers
Pourquoi eux plus que nous ? Après tout, Santé Publique France nous disait déjà il y a quelques années que toute la population était touchée. La différence, c’est la dose. Les études, notamment celles menées en Australie et confirmées par nos observations récentes, montrent des taux bien plus élevés chez les soldats du feu. Il y a une corrélation directe entre le nombre d’années de service et la concentration de PFAS dans le sang.
Les mousses et tenues : les coupables désignés
Mais d’où vient cette pollution ? C’est là que ça devient technique (mais promis, je reste simple). Pour éteindre certains feux, notamment d’hydrocarbures, l’eau ne suffit pas. On utilise des mousses anti-incendie. Et pour que ces mousses soient performantes, résistantes à la chaleur et étanches, on les a gavées de dérivés fluorés pendant des décennies. C’est la même logique pour leurs tenues d’intervention : pour qu’elles soient imperméables et protègent des produits chimiques toxiques extérieurs, elles sont traitées… avec d’autres toxiques.
C’est un cercle vicieux. Les propriétés qui rendent ces équipements efficaces sont exactement celles qui posent problème. Sébastien Delavoux, du syndicat CGT, le soulignait justement : parfois, les casernes n’ont même pas la composition exacte des produits qu’elles utilisent. C’est un peu naviguer à vue dans un océan de chimie.
La réglementation de 2025 change-t-elle la donne ?
Heureusement, les lignes bougent. Nous sommes en 2025, et l’interdiction du PFOA dans les mousses d’extinction est enfin actée depuis juillet. Mais attention au piège de la substitution regrettable. L’industrie a tendance à remplacer une molécule interdite par une autre, structurellement proche, qui n’est pas encore régulée. On remplace le PFOS par du PFHxA, mais au final, ça reste de la famille des PFAS. C’est un peu comme changer de marque de cigarettes en espérant que ça soit meilleur pour la santé.
L’impact environnemental : une pollution qui reste
Le problème ne s’arrête pas à la santé des hommes et des femmes. Il touche nos sols et nos eaux. Les zones d’entraînement et les sites d’incendies passés sont devenus des « hot spots » de contamination. Ces produits s’infiltrent partout. C’est un schéma que l’on retrouve malheureusement souvent dans la gestion des risques écologiques, un peu comme ce qu’on observe autour des zones inondables et décharges où les polluants migrent et s’installent durablement.
Le Forever Pollution Project a d’ailleurs dressé une carte effrayante de l’Europe. En France, l’État s’est engagé à identifier 300 sites prioritaires. C’est un travail de titan, car décontaminer coûte une fortune (on parle de milliards à l’échelle européenne) et la technologie pour le faire proprement est encore un défi en soi.
Voici un petit comparatif pour comprendre l’évolution des concentrations autorisées dans les mousses, illustrant le chemin parcouru et ce qu’il reste à faire :
| Période | Substance ciblée | Concentration / Régulation | Statut |
|---|---|---|---|
| Années 2000 | PFOS / PFOA | Jusqu’à 1g/L (Massif) | Utilisation courante |
| Juillet 2025 | PFOA | Interdiction dans les mousses | Régulation stricte |
| Horizon 2030 | Total des PFAS | Max 1mg/L (Somme totale) | Objectif UE |
Vers un futur durable et une prévention efficace
Alors, on fait quoi maintenant ? On ne peut pas laisser nos pompiers sans protection, ni continuer à polluer. La transition est en marche, mais elle est complexe. Il faut gérer les stocks existants (des milliers de litres d’émulseurs périmés ou interdits) et trouver des alternatives qui ne soient pas, elles aussi, nocives. Les organophosphorés sont sur la sellette pour remplacer les PFAS, mais sont-ils vraiment « propres » ? Le doute est permis.
Pour assurer un futur durable à la profession et protéger l’environnement, plusieurs leviers doivent être activés simultanément. Ce n’est pas juste une affaire de changement de produit, c’est toute une culture de la prévention qu’il faut revoir.
- Remplacement des équipements : Adopter des tenues sans PFAS, comme c’est déjà le cas ou en projet pour les pompiers de Vancouver et dans certains États américains.
- Gestion des stocks : Mettre en place des filières sécurisées pour détruire les vieux émulseurs sans relâcher les toxines dans la nature.
- Décontamination des casernes : Créer des sas et des procédures de nettoyage pour que les pompiers ne ramènent pas ces polluants chez eux (finie la lessive des tenues à la maison !).
- Suivi médical renforcé : Continuer le biomonitoring (analyses de sang/cheveux) pour surveiller la baisse des taux d’exposition au fil des années.
- Transparence industrielle : Exiger la composition exacte de tout produit chimique entrant dans une caserne.
La route est encore longue. Le ministère de l’Intérieur commence à bouger, pressé par les syndicats et les directives européennes. Mais comme pour la gestion des anciens sites de déchets en zones à risque, l’héritage du passé pèse lourd. C’est en maintenant la pression et en exigeant cette transparence que nous pourrons, espérons-le, protéger ceux qui nous protègent.