Le 1er octobre 2025 restera une date marquante pour tous les amoureux de la nature : le départ de Jane Goodall a laissé un vide immense. Pourtant, son héritage perdure, non seulement à travers ses écrits, mais aussi grâce à celles qui ont partagé son combat pionnier. On parle souvent du trio légendaire des « Trimates », ces femmes exceptionnelles choisies par le paléoanthropologue Louis Leakey pour étudier les grands singes. Si Jane veillait sur les chimpanzés et Dian Fossey sur les gorilles, c’est Biruté Galdikas qui a dédié sa vie aux mystérieux singes roux d’Asie.
Aujourd’hui, c’est vers elle que je veux tourner les projecteurs. À 79 ans, elle reste une figure de résilience et de passion. Son histoire n’est pas celle d’une scientifique en blouse blanche, mais celle d’une aventurière qui a passé plus de cinquante ans avec de l’eau jusqu’à la taille pour comprendre et protéger ces animaux fascinants, tragiquement inscrits sur la liste des espèces animales en danger d’extinction.
L’héritage des Trimates et le défi de Bornéo
Il est difficile d’imaginer, en 2025, à quel point nous ignorions tout des orangs-outans il y a un demi-siècle. Lorsque Biruté Galdikas débarque en Indonésie en 1971, elle n’a que peu de bagages scientifiques concrets sur l’espèce, mais une détermination sans faille. Elle s’inspire alors de Jane Goodall, dont l’énergie et la bienveillance ont ouvert la voie. Jane avait prouvé que les grands singes, nos plus proches parents, partageaient avec nous des émotions, une cognition complexe et même l’usage d’outils.
Pour Biruté, le défi était d’appliquer cette approche immersive à une espèce beaucoup plus insaisissable. Contrairement aux chimpanzés sociaux, les orangs-outans semblaient être des fantômes solitaires de la forêt. Comprendre leur mode de vie était crucial pour éviter qu’ils ne rejoignent les nombreuses autres espèces animales en danger d’extinction qui disparaissent dans l’indifférence.
Survivre dans les marécages : une immersion totale
L’image d’Épinal de la jungle luxuriante cache une réalité bien plus rude, surtout dans les années 70. Biruté raconte souvent ses premières années avec une franchise déconcertante. Pour suivre ces primates arboricoles, il ne suffisait pas de lever la tête ; il fallait s’enfoncer dans leur territoire. Et leur territoire, c’est souvent la tourbière et le marécage.
Imaginez-vous marcher des heures, trébuchant dans une eau boueuse, parfois jusqu’au cou, sous des pluies torrentielles. « J’étais trempée. Il faisait froid », confie-t-elle, se rappelant ses tremblements incontrôlables malgré la proximité de l’équateur. À cela s’ajoutaient les maladies tropicales : malaria, typhoïde, choléra, sans oublier les sangsues et les serpents venimeux. C’est cette résilience physique, couplée à une curiosité scientifique, qui lui a permis de collecter des données là où personne n’osait aller.
Révolutionner nos connaissances sur l’orang-outan
Avant l’arrivée de Galdikas à Bornéo, l’orang-outan était une énigme. Mangeaient-ils des feuilles ou des fruits ? Étaient-ils sociaux ? Vivaient-ils au sol ? En 54 ans d’étude, Biruté a balayé les spéculations pour établir des faits scientifiques solides. Elle a découvert que ces animaux sont principalement frugivores et passent la quasi-totalité de leur temps dans la canopée.
L’une de ses découvertes majeures concerne la dynamique sociale, très différente de celle des autres grands singes, ce qui a des implications directes pour la conservation de ces espèces animales en danger d’extinction. Voici un résumé de l’évolution de nos connaissances grâce à ses travaux :
| Domaine d’étude | Croyances ou inconnues (avant 1971) | Découvertes de Biruté Galdikas |
|---|---|---|
| Vie sociale | Considérés comme totalement solitaires ou antisociaux. | Structure sociale complexe : femelles stables géographiquement, mâles subadultes nomades assurant le brassage génétique. |
| Alimentation | Incertitude entre folivores (feuilles) et frugivores. | Majoritairement frugivores, jouant un rôle clé dans la dissémination des graines. |
| Habitat | Supposition d’une vie partiellement terrestre. | Strictement arboricoles, nécessitant une canopée dense et connectée. |
| Individualité | Vus comme une masse uniforme (« l’espèce »). | Personnalités distinctes (ex: Beth la calme vs Cora l’agressive), tout comme les humains. |
Chaque individu compte : l’approche personnalisée
Tout comme Jane Goodall l’a fait avec les chimpanzés, Biruté a insisté pour étudier les orangs-outans en tant qu’individus. Elle a noté que certains étaient calmes et tolérants à l’observation humaine, tandis que d’autres, comme la fameuse Cora, se montraient agressifs pour protéger leur intimité. Cette approche a permis de comprendre que la sauvegarde de ces espèces animales en danger d’extinction ne passe pas seulement par des chiffres, mais par la compréhension de leur psychologie.
Elle souligne d’ailleurs qu’on ne peut comprendre réellement ces animaux qu’en milieu sauvage. « On ne peut pas comprendre des animaux en captivité », insiste-t-elle. C’est comme essayer de définir l’humanité en n’observant que des personnes incarcérées. C’est pourquoi la protection de leur habitat naturel, face à la déforestation massive, est la clé de voûte de son combat.
Un message d’espoir pour l’avenir
La situation à Bornéo reste critique. Les forêts brûlent, les plantations de palmiers à huile grignotent l’habitat sauvage, et le statut des orangs-outans reste préoccupant. Pourtant, Biruté Galdikas refuse de céder au pessimisme. Son optimisme, elle le puise dans la nouvelle génération et dans une prise de conscience globale qui commence, lentement mais sûrement, à émerger.
Pour elle, la solution réside dans un changement de paradigme philosophique. Nous devons cesser de nous voir comme une espèce à part, supérieure. Les catastrophes climatiques récentes nous rappellent humblement que la nature est toujours la plus forte. Accepter que nous faisons partie de ce tout est la seule voie rationnelle.
Voici les piliers de sa vision pour l’avenir :
- L’humilité face à la nature : Reconnaître que l’humain n’est qu’une créature parmi d’autres, sans statut « unique » justifiant la domination.
- L’engagement de la jeunesse : Voir les jeunes embrasser la cause écologique est sa plus grande source d’espoir.
- La protection de l’habitat : Sans forêt, il n’y a pas d’orangs-outans. La lutte contre la déforestation est prioritaire pour sauver ces espèces animales en danger d’extinction.
- L’étude continue : Les animaux et les environnements évoluent. Les orangs-outans d’aujourd’hui s’adaptent, et nous devons continuer à les observer pour mieux les protéger.
En fin de compte, le message de Biruté, tout comme celui de Jane Goodall, est universel. Sauver les orangs-outans, c’est aussi nous sauver nous-mêmes. En protégeant la biodiversité et ces espèces animales en danger d’extinction, nous préservons les écosystèmes dont dépend notre propre survie. Après 54 ans de lutte, les pieds dans l’eau et la tête dans les arbres, elle nous tend le flambeau.
Sources : Interview de Biruté Galdikas par Reporterre, octobre 2025 ; Fondation internationale des orangs-outans (OFI).