Dix ans après l’Accord de Paris, les regards du monde entier étaient tournés vers Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne. La promesse était belle : une « COP de la vérité », orchestrée par le président Lula, censée marquer un tournant décisif pour la protection de la biodiversité et la sortie des énergies polluantes. Pourtant, alors que la poussière retombe sur cet événement diplomatique majeur de 2025, le constat est amer pour les défenseurs de l’environnement, mais étrangement positif pour d’autres acteurs moins attendus. Loin des caméras qui filmaient les poignées de main officielles, c’est une tout autre réalité qui s’est jouée dans les couloirs feutrés des négociations. Ce rendez-vous, qui devait sceller le sort du pétrole et du gaz, s’est transformé en un succès inattendu pour les industriels du secteur, prouvant une fois de plus la résilience des vieux modèles face à l’urgence climatique. Plongée au cœur d’un sommet où les mots ont été pesés pour ne froisser aucun intérêt économique majeur.

En bref : Ce qu’il faut retenir de la COP30 🌿

  • 🛢️ Victoire des lobbys : Avec plus de 1 600 lobbyistes présents, l’industrie fossile a réussi à faire disparaître toute mention explicite de « sortie des énergies fossiles » du texte final.
  • 🌡️ Adieu 1.5°C : Les objectifs de limitation du réchauffement semblent désormais hors de portée, les émissions mondiales ayant encore augmenté de 1,1 % en 2025.
  • 💰 Finance floue : Si un fonds pour les forêts tropicales a été évoqué, les montants pour l’adaptation restent vagues et insuffisants pour les pays du Sud.
  • 🤥 Paradoxe de la désinformation : Une grande initiative contre les fake news climatiques a été lancée par des pays qui, paradoxalement, augmentent leur production d’hydrocarbures.
  • 🇧🇷 L’ambiguïté brésilienne : Le pays hôte a joué sur deux tableaux, se posant en champion de la forêt tout en prévoyant une hausse massive de sa production pétrolière.

COP30 : Une victoire diplomatique écrasante pour les champions des énergies fossiles

Il flottait comme un parfum de déjà-vu dans les allées de la COP30 à Belém. Alors que la société civile espérait des engagements fermes, la réalité des chiffres et des accréditations a rapidement douché ces espoirs. L’industrie fossile n’a pas seulement assisté aux débats ; elle les a, en grande partie, orientés. Selon les analyses de l’organisation Kick Big Polluters Out, ce ne sont pas moins de 1 600 lobbyistes liés aux énergies fossiles qui ont arpenté les zones de négociation. Pour donner une idée de l’ampleur de cette présence, si ces lobbyistes constituaient une délégation nationale, ils représenteraient la deuxième plus grande force en présence, juste derrière le Brésil, pays hôte.

Cette omniprésence n’est pas anecdotique. Elle traduit une stratégie offensive des champions du secteur pétrolier et gazier pour protéger leurs intérêts à long terme. La France elle-même n’a pas échappé à cette critique, intégrant Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, au sein de sa délégation officielle. Une décision qui interroge, surtout lorsque l’on sait que cette même entreprise a récemment admis en interne que l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C était désormais hors de portée, tout en planifiant une augmentation de sa production de gaz.

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L’art de l’invisibilisation dans les textes officiels

Le véritable tour de force de cette industrie fossile réside dans la sémantique de l’accord final, baptisé « Mutirão ». Alors que la COP28 à Dubaï avait timidement ouvert la porte à une mention des énergies fossiles, la COP30 a opéré un retour en arrière spectaculaire. Le terme même a disparu du texte final. À la place, les diplomates ont opté pour des formules alambiquées, des « invitations à agir » et des « appels », vidés de toute contrainte juridique.

Ce recul est le fruit d’un travail de sape méticuleux. Les États-Unis, bien qu’officiellement en retrait, ont vu leurs intérêts défendus par leurs alliés et par la puissance de feu des lobbys. En supprimant l’éléphant dans la pièce, les négociateurs ont permis aux exportateurs de pétrole de pousser un soupir de soulagement : leur modèle économique est sauf pour une année de plus. C’est un succès inattendu pour eux, tant la pression internationale semblait forte avant le sommet.

L’état d’urgence du climat face à l’inertie des accords internationaux

Pendant que les diplomates s’écharpent sur des virgules, la physique, elle, ne négocie pas. L’année 2025 s’inscrit dans la continuité tragique des précédentes. Les rapports scientifiques publiés en marge de la conférence sont sans appel : les courbes ne s’inversent pas. Le Global Carbon Budget 2025 estime que les émissions de CO2 ont encore progressé de 1,1 % cette année, atteignant le niveau record de 38,1 gigatonnes.

L’objectif mythique de 1.5°C est désormais considéré comme « mort-vivant ». Techniquement, il est encore mentionné dans les discours pour ne pas désespérer l’opinion publique, mais concrètement, le budget carbone restant est quasi nul. Le concept d' »Overshoot » (dépassement temporaire) a fait une entrée remarquée dans le vocabulaire officiel de la COP. Cela signifie que les dirigeants acceptent tacitement que nous franchissions le seuil de sécurité, en pariant sur des technologies futures hypothétiques pour faire redescendre la température plus tard.

Comparatif des trajectoires : Engagements vs Réalité (2025-2035)
Scénario Projection de réchauffement Action requise Probabilité de succès
Objectif Accord de Paris (1.5°C) +1.5°C (avec dépassement) Baisse drastique immédiate (-43% d’ici 2030) Quasi-nulle 🔴
Engagements actuels (NDC) +2.5°C à +2.9°C Respect strict des promesses actuelles Faible 🟠
Politiques actuelles (Business as usual) +3°C et plus Continuation des tendances actuelles (+1.1% / an) Très élevée ⚫

La Chine, bien qu’étant le premier émetteur, montre des signes de stagnation de ses émissions, ce qui est une lueur d’espoir. Cependant, la hausse continue en Inde et l’absence de baisse significative aux États-Unis annulent ces progrès. Les océans et les forêts continuent d’absorber environ la moitié de nos émissions, mais jusqu’à quand ? Les signes de saturation des puits de carbone naturels commencent à inquiéter sérieusement la communauté scientifique.

Entre Greenwashing et réalité : la communication au service de l’inaction

Jamais le fossé entre les discours et les actes n’a semblé aussi béant. Lula, le président brésilien, avait promis « la COP de la vérité ». Une vérité qui semble à géométrie variable. Comment interpréter autrement le fait que le Brésil, tout en se posant en gardien de l’Amazonie, prévoit d’augmenter sa production de pétrole de 36 % d’ici 2035 ? La stratégie est claire : compenser les émissions fossiles par de la capture carbone et de la reforestation. C’est un pari risqué qui permet de ne pas toucher au cœur du réacteur économique.

La France participe également à cette dissonance cognitive. En co-signant avec le Brésil une initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, le gouvernement tente de se positionner en leader moral. Pourtant, pointer du doigt la désinformation tout en accréditant les patrons des majors pétrolières dans sa délégation officielle relève d’une ironie mordante. C’est une forme subtile de désinformation institutionnelle : on occupe l’espace médiatique avec des initiatives vertueuses pour mieux masquer l’absence de décisions structurelles sur la transition énergétique.

Chronologie d’un Renoncement

De l’espoir de Paris au réalisme de Belém.

Données interactives basées sur les rapports de la COP.