Le désherbant Kyléo retiré du marché : victoire contre le glyphosate

Le 30 mars 2026, la cour administrative d’appel de Versailles a rendu une décision majeure pour la protection de l’environnement en France. Le désherbant Kyléo, un herbicide combinant du glyphosate et du 2,4-D commercialisé par la société Nufarm, vient de perdre son autorisation de mise sur le marché. Une décision qui interroge profondément les pratiques d’évaluation des pesticides en France et en Europe.

Kyléo : un désherbant a base de glyphosate dans le viseur de la justice

Le Kyléo n’est pas un désherbant ordinaire. Il associe deux substances actives particulièrement controversées : le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde et classé « cancérogène probable » par le CIRC en 2015, et le 2,4-D, un herbicide de la famille des acides phenoxyacetiques dont la toxicité pour les écosystèmes est documentée depuis des décennies.

C’est l’association Générations Futures qui a lance l’alerte dès 2020, contestant l’autorisation accordée par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire). L’argument central : l’agence n’avait pas étudié les effets indirects de ce produit sur les vertébrés et les insectes terrestres via la chaîne alimentaire, une obligation pourtant inscrite dans le règlement européen de 2017.

Un parcours judiciaire de six ans

Le combat juridique a été long. En première instance, le tribunal administratif avait rejeté la requête en 2023. Mais la cour d’appel de Versailles a finalement donné raison a l’association en mars 2026, estimant que l’évaluation de l’ANSES etait effectivement incomplète au regard des exigences réglementaires européennes.

DateÉvénement
2017Reglement européen imposant l’évaluation des effets indirects sur la faune
2020Générations Futures conteste l’autorisation du Kyléo aupres du tribunal
2023Rejet de la requête en première instance
Mars 2026La cour d’appel de Versailles annule l’autorisation de mise sur le marché

Pourquoi cette décision est un tournant pour l’évaluation des pesticides

La décision de la cour d’appel va bien au-delà du seul cas du Kyléo. Elle pointe une faille structurelle dans la manière dont les pesticides sont évalués avant leur mise sur le marché. Jusqu’ici, les évaluations se concentraient largement sur la toxicité directe des produits. La question des effets indirects, notamment via la chaîne alimentaire, restait souvent dans l’angle mort.

Justice et pesticides en France

Les effets indirects : de quoi parle-t-on ?

Quand un herbicide comme le glyphosate est pulverise sur un champ, il ne se contente pas d’eliminer les adventices ciblées. Il modifie l’ensemble de l’écosystème local. Les plantes qui disparaissent nourrissaient des insectes, qui eux-mêmes servaient de proies a des oiseaux et des petits mammifères. Pour comprendre les enjeux de la biodiversité, il faut justement regarder ces interactions en cascade.

Le règlement européen de 2017 avait pourtant anticipe cette problématique en exigeant que les dossiers d’autorisation incluent une évaluation de ces effets indirects sur les vertébrés et les insectes terrestres. Une exigence que l’ANSES n’a manifestement pas appliquée dans le cas du Kyléo.

  • Destruction de l’habitat végétal des insectes pollinisateurs
  • Rupture des chaînes alimentaires pour les oiseaux des champs
  • Contamination des sols et des organismes du sol (vers de terre, microorganismes)
  • Accumulation dans les tissus des prédateurs, similaire au phénomène observé avec la contamination par les métaux lourds

Glyphosate en France : ou en est-on vraiment ?

La France entretient une relation ambiguë avec le glyphosate. Promesse de sortie en 2021, reports successifs, réautorisation européenne pour dix ans fin 2023 : le feuilleton règlementaire semble sans fin. L’annulation de l’autorisation du Kyléo ne signifie d’ailleurs pas la fin du glyphosate en France, puisque d’autres produits a base de cette molécule restent autorisés.

Cependant, cette décision judiciaire crée un précédent important. Si l’absence d’évaluation des effets indirects a suffi a invalider l’autorisation du Kyléo, d’autres pesticides autorisés dans les mêmes conditions pourraient etre contestés selon la meme logique juridique.

Les alternatives au désherbant chimique

Au-delà du débat règlementaire, cette affaire rappelle l’urgence de développer des pratiques agricoles moins dépendantes des herbicides de synthèse. Des solutions existent déjà et font leurs preuves sur le terrain :

  • Le désherbage mécanique : bineuses, herses étrilles, houes rotatives
  • Le paillage et les couverts végétaux : etouffer les adventices naturellement, dans la logique de les principes de la permaculture
  • La gestion différenciée des espaces : accepter certaines plantes spontanées, a l’image des alternatives naturelles comme l’abandon de la tonte
  • Le biocontrole : utilisation d’organismes vivants pour réguler les adventices
  • La rotation des cultures : rompre le cycle des mauvaises herbes en diversifiant les assolements

Ce que cette victoire change pour la suite

La décision de Versailles envoie un signal clair : les autorisations de mise sur le marché des pesticides ne peuvent plus faire l’impasse sur l’évaluation des effets indirects sur la faune. C’est une victoire pour Générations Futures, mais aussi pour toutes les associations qui se battent pour une meilleure prise en compte de l’impact reel des produits phytosanitaires sur l’environnement.

Pour Nufarm, le fabricant du Kyléo, les consequences sont immédiates : le produit ne peut plus etre commercialisé en l’etat. L’entreprise pourrait théoriquement déposer un nouveau dossier intégrant cette fois l’évaluation des effets indirects, mais l’issue n’est pas garantie.

A notre échelle, cette décision nous rappelle que chaque choix compte. Que l’on soit jardinier amateur ou simple consommateur, il est possible de soutenir une agriculture plus respectueuse du vivant et d’adopter des gestes plus responsables au quotidien. La justice a pose un jalon. A nous de continuer a construire les alternatives.

Laisser un commentaire