Le duel inattendu : David contre Goliath chez les Écologistes ?
On pourrait penser que les jeux sont faits d’avance, mais la politique française nous réserve toujours son lot de surprises. Alors que les Verts s’apprêtent à désigner leur champion pour la potentielle primaire de la gauche prévue à l’automne 2026, deux candidatures émergent, incarnant deux stratégies bien distinctes pour 2027. Ce scrutin interne, qui se joue sur quelques jours début décembre, est bien plus qu’une formalité administrative : c’est un véritable test de légitimité.
D’un côté, nous avons la figure médiatique incontournable depuis la dissolution de juin 2024, Marine Tondelier. De l’autre, un outsider que peu avaient vu venir, Waleed Mouhali. Si la secrétaire nationale fait figure de grande favorite, la présence d’un contradicteur force le débat sur le fond. Loin d’être anecdotique, cette confrontation interne met en lumière les tensions qui traversent le parti écologiste à l’heure de structurer l’opposition.
Deux parcours, une même étiquette mais des méthodes divergentes
L’annonce de la candidature de Marine Tondelier a fait couler beaucoup d’encre, et pas seulement pour son contenu. C’est la forme qui a crispé une partie des militants : une déclaration au 20 Heures de TF1, devant 6 millions de téléspectateurs, cinq jours avant la clôture des parrainages. Pour Waleed Mouhali, enseignant-chercheur en physique et conseiller municipal à La Garenne-Colombes, cette méthode passe mal. Il estime que ce « timing » enjambe le processus démocratique interne.
Cependant, l’argumentaire de la cheffe des Écologistes se défend sur le plan de la communication politique : pour pénétrer les foyers français et sortir de l’entre-soi militant, il faut accepter les règles du jeu médiatique, quitte à bousculer le calendrier du parti. Elle assume cette recherche d’exclusivité pour porter la voix de l’écologie au-delà des cercles convaincus.
Voici un comparatif rapide des deux forces en présence pour mieux comprendre ce choix décisif :
| Critère | Marine Tondelier | Waleed Mouhali |
|---|---|---|
| Statut actuel | Secrétaire nationale des Écologistes (sortante) | Conseiller municipal d’opposition & Enseignant-chercheur |
| Stratégie médiatique | Mass media (TF1), punchlines, visibilité maximale | Interne, critique du spectacle politique, proximité |
| Positionnement | Écologie de gouvernement, union de la gauche | Écologie de rupture, démocratie participative |
| Notoriété | Très forte (symbole de la veste verte) | Faible (connu des militants, peu du grand public) |
Pour t’aider à y voir plus clair sur les enjeux de cette désignation, voici les points clés qui ont motivé la candidature surprise de Mouhali :
- Le besoin de clarification de la ligne politique face à une incarnation jugée trop « personnelle ».
- Le refus d’une validation automatique de la direction sortante sans débat contradictoire.
- La volonté de questionner la méthode de désignation pour la présidentielle.
- L’envie de remettre le fond programmatique au centre, avant les questions de casting.
Il est essentiel de comprendre les dynamiques internes des partis pour saisir la portée de ce vote. Ce n’est pas juste une élection, c’est la définition du visage que l’écologie présentera aux Français.
Au-delà du style : quelle ligne politique pour 2027 ?
On entend souvent, comme une petite musique de fond, que Marine Tondelier manquerait de « fond ». C’est une critique récurrente, parfois teintée de sexisme et de paternalisme, comme elle le souligne elle-même avec justesse. Être une femme jeune, du Pas-de-Calais, et porter une veste verte colorée ne signifie pas être vide de propositions. Pourtant, c’est bien sur le terrain des idées que Waleed Mouhali tente de la challenger, pointant une « non-visibilité » de son projet concret pour la France.
La vision politique de Tondelier, telle qu’elle la décrit dans son livre *Demain, si tout va bien…*, repose sur une écologie qui « tend la main ». Elle se veut pragmatique, axée sur le quotidien et la justice sociale. À l’inverse, Mouhali prône une rupture plus nette avec le modèle productiviste.
L’écologie du quotidien face à la rupture post-croissance
Le débat se cristallise autour de l’intensité du changement proposé. Marine Tondelier met en avant un « bouclier social et environnemental ». L’idée est de protéger les Français sur leurs trois postes de dépenses majeurs : se nourrir, se loger, se déplacer. C’est une approche rassurante, conçue pour ne laisser personne sur le bord de la route de la transition.
De son côté, son adversaire défend une société « post-croissante ». Si les constats sont partagés (notamment sur la nécessité d’une Sécurité sociale de l’alimentation), la méthode diffère. Mouhali souhaite repartir de la base, via des outils de démocratie participative inspirés de la campagne de Benoît Hamon en 2017, pour construire un programme qui émane des territoires et non des instances parisiennes.
Regardons de plus près les propositions phares qui s’affrontent :
- Les mesures « Bouclier » (Vision Tondelier) :
- Abonnement transport à tarif unique national.
- Encadrement strict des loyers et rénovation thermique massive.
- Soutien au rétrofit pour les véhicules (changer le moteur thermique en électrique).
- Abonnement transport à tarif unique national.
- Encadrement strict des loyers et rénovation thermique massive.
- Soutien au rétrofit pour les véhicules (changer le moteur thermique en électrique).
- Les mesures « Rupture » (Vision Mouhali) :
- Sortie explicite de la société de consommation.
- Construction du programme via des remontées citoyennes régionales.
- Adaptation des politiques aux spécificités locales (littoral, bassins miniers, ruralité).
- Sortie explicite de la société de consommation.
- Construction du programme via des remontées citoyennes régionales.
- Adaptation des politiques aux spécificités locales (littoral, bassins miniers, ruralité).
Si tu t’intéresses aux différentes écoles de pensée, je t’invite à lire notre dossier sur la différence entre post-croissance et développement durable, qui éclaire bien ce duel.

La stratégie électorale en question : comment gagner ?
Au-delà des programmes, c’est la stratégie électorale qui divise la gauche. L’objectif final reste le même : l’Élysée en 2027. Mais le chemin pour y parvenir est semé d’embûches. Les deux candidats s’accordent sur un point crucial : la nécessité absolue de participer à une primaire de la gauche. Ils considèrent que l’écologie doit infuser l’ensemble du bloc progressiste et que l’union est la seule voie de passage face à l’extrême droite.
Cette position tranche radicalement avec celle de Delphine Batho (Génération Écologie), qui refuse l’obstacle de la primaire, craignant une « disparition » de l’écologie au premier tour. Un pessimisme que rejette Tondelier : si on ne peut pas gagner la primaire, comment espérer gagner la présidentielle ?
L’impératif de l’union et l’ombre de la primaire
La route est encore longue et le calendrier serré. Entre les élections municipales de 2026 et la présidentielle de 2027, le temps manque pour des consultations citoyennes interminables, argumente Tondelier. Elle privilégie l’efficacité d’une plateforme programmatique déjà nourrie par 500 propositions issues du travail parlementaire et militant.
Waleed Mouhali, lui, insiste : il faut d’abord définir le projet avant de choisir l’incarnation. Selon lui, le risque d’une candidature « hors-sol » est réel si l’on ne prend pas le temps d’écouter les aspirations profondes des Français, région par région.
Voici un tableau récapitulatif des divergences stratégiques au sein de la famille écologiste et de ses alliés :
| Enjeu stratégique | Position des Verts (Tondelier/Mouhali) | Position externe (ex: D. Batho) |
|---|---|---|
| Primaire de la gauche | Indispensable pour créer une dynamique unitaire | Refusée (risque d’invisibilisation de l’écologie) |
| Construction du projet | Plateforme programmatique (Tondelier) vs Participatif (Mouhali) | Candidature autonome directe |
| Alliance politique | Volonté de réunir tous les pans de la gauche | Focalisation sur l’identité écologiste pure |
En somme, les mois à venir seront cruciaux pour définir si l’écologie politique choisira la voie du pragmatisme unitaire ou celle de la radicalité participative.
Les étapes clés à surveiller pour la suite :
- Le résultat du vote interne des Écologistes (décembre).
- La publication de la plateforme programmatique (500 propositions).
- Les négociations avec les partenaires de gauche (PS, LFI, PCF) pour les modalités de la primaire.
- La mobilisation citoyenne pour imposer les thèmes environnementaux dans le débat public.
Pour approfondir le sujet des alliances, n’hésite pas à consulter notre analyse sur les réussites et échecs des unions de la gauche sous la Ve République.