Tu t’es déjà demandé ce qui se passe quand l’énergie brute des manifestations percute les murs feutrés du Palais-Bourbon ? C’est exactement l’histoire que je veux te raconter aujourd’hui. En lisant récemment un dossier passionnant sur le devenir de la « génération climat », je me suis arrêtée sur le parcours de Claire Lejeune. Ce nom te dit peut-être quelque chose si tu as suivi les législatives de 2024. À l’époque, cette jeune doctorante a troqué le mégaphone pour l’écharpe tricolore, remportant la 7e circonscription de l’Essonne.
Ce qui me fascine chez elle, c’est cette obsession constante de l’utilité. Qu’elle soit dans la rue ou à l’Assemblée, l’objectif reste le même : ancrer l’urgence environnementale dans le réel. Ce n’est pas juste une « énième élue », c’est le symbole d’une bascule où l’activisme de terrain tente de hacker le système de l’intérieur.
De la philosophie à l’action politique concrète
On pourrait croire que tout était tracé pour cette brillante étudiante passée par l’ENS de Lyon et Sciences Po. Pourtant, quand on creuse un peu, on découvre que son moteur est bien plus viscéral que théorique. Claire Lejeune définit son combat par une écologie populaire. C’est un terme qu’on entend souvent, mais pour elle, ça vient de loin. Fille d’une professeure et d’un ouvrier électricien, elle a vu de près ce que le travail physique peut coûter aux corps.
Elle raconte souvent comment son père rentrait vidé, brisé par des rythmes soutenus. Cette conscience de classe, mêlée à l’urgence climatique, a forgé sa conviction : on ne peut pas sauver la planète en écrasant les gens. C’est là que se joue la différence avec d’autres courants plus libéraux. Elle cherche à réconcilier la fin du mois et la fin du monde, une approche essentielle pour comprendre les différentes branches de l’écologie expliquées aujourd’hui.
La rupture avec les Verts et le choix de l’Insoumission
Son parcours politique est loin d’être linéaire, et c’est ce qui le rend intéressant. Tout commence vraiment en 2017. Inspirée par Damien Carême, alors maire de Grande-Synthe, elle rejoint Europe Écologie Les Verts (EELV). À l’époque, elle y voit une cohérence entre l’accueil digne des exilés et la lutte contre la précarité. Elle grimpe les échelons, devient secrétaire fédérale des Jeunes Écologistes. C’était l’époque dorée des grandes marches pour le climat de 2018-2019, où l’espoir était palpable dans les rues.
Mais la machine s’est grippée. En 2022, lors de la campagne présidentielle de Yannick Jadot, Claire ne s’y retrouve plus. Elle trouve le discours trop mou, pas assez radical face à la catastrophe annoncée. Pour elle, se dire « écologiste » ne suffit plus si on ne remet pas en cause le système productiviste. Elle claque la porte pour rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon, cherchant cette radicalité nécessaire pour appliquer ce qu’on pourrait comparer aux conclusions du dernier rapport du GIEC.
Une députée qui n’oublie pas la rue
Nous sommes maintenant en 2026, et cela fait près de deux ans que Claire Lejeune siège à l’Assemblée nationale. Son élection en juillet 2024, suite à la dissolution surprise provoquée par Emmanuel Macron, a été un moment charnière. Elle a battu Robin Reda avec plus de 44% des voix, dans un contexte où il fallait faire barrage à l’extrême droite. Elle le dit sans détour : « Le combat pour la bifurcation écologique ne se fera pas sans un combat frontal contre l’extrême droite ».
Mais ne t’y trompe pas, son arrivée au palais Bourbon ne signifie pas qu’elle a rangé ses convictions militantes au placard. Au contraire, elle théorise une complémentarité des luttes. Pour elle, son travail législatif (souvent nocturne, entre amendements et budget) ne vaut rien sans la pression exercée dehors par des mouvements comme Les Soulèvements de la Terre. C’est un peu comme en agriculture durable : il faut soigner le sol en profondeur tout en protégeant les cultures, un principe que l’on retrouve dans les principes de la permaculture et du durable appliqués à la politique.
Voici un petit comparatif pour t’aider à visualiser l’évolution de son engagement :
| Période | Mode d’action principal | Objectif clé |
|---|---|---|
| 2018-2020 | Marches climat & Désobéissance civile (ex: décrochage de portraits) | Alerter l’opinion et créer un rapport de force médiatique. |
| 2024-2026 | Travail parlementaire & Négociation budgétaire | Institutionnaliser les luttes et bloquer les lois régressives. |
Les dossiers brûlants de son mandat
Depuis qu’elle est élue, Claire Lejeune ne chôme pas. Elle est devenue une figure montante au sein du groupe LFI, notamment sur les questions de planification écologique. Elle se bat contre ce qu’elle appelle la « grande marche en arrière » du gouvernement, citant les coupes budgétaires dans l’écologie ou les reculs sur l’artificialisation des sols. C’est un travail ingrat, technique, loin du glamour des plateaux télé, mais vital.
Elle s’attaque aussi aux causes profondes du mal-être social, rappelant étrangement la crise et le mal-être des agriculteurs, en liant toujours justice sociale et contraintes environnementales. Sa thèse, qu’elle a dû mettre en pause, portait justement sur cette planification. Aujourd’hui, elle tente de la mettre en pratique, dossier après dossier.
L’héritage d’une génération en mouvement
Ce qui est touchant, c’est de voir qu’elle garde une forme de lucidité humble. Elle sait que l’époque des marches de 2019 est révolue, mais elle refuse le cynisme. Pour elle, le mouvement climat ne s’est pas éteint, il s’est métamorphosé. Il est devenu plus dur, plus précis, un peu comme l’engagement de figures telles que Teissir Ghrab chez Alternatiba.
Pour résumer la vision qu’elle porte aujourd’hui à l’Assemblée, on peut identifier quelques piliers fondamentaux qui guident son action au quotidien :
- La radicalité concrète : Ne pas se contenter de mesures cosmétiques mais viser la racine du système productiviste.
- L’alliance populaire : Refuser l’écologie punitive qui pèse sur les plus pauvres pour privilégier une écologie redistributive.
- La double présence : Garder un pied dans les institutions pour voter les lois, et un pied dehors pour soutenir la désobéissance civile.
- La lutte antifasciste : Considérer que la montée de l’extrême droite est le verrou principal à toute transition écologique réelle.
- La planification : Organiser la bifurcation de l’économie plutôt que de laisser faire le marché (et éviter ainsi de subir aveuglément les enjeux du changement climatique).
Claire Lejeune incarne cette génération qui a compris qu’il ne suffisait plus d’avoir raison scientifiquement. Il faut désormais gagner politiquement. Et même si les journées finissent à minuit et que les victoires sont parfois maigres face à la majorité en place, elle tient bon. C’est cette ténacité qui, je pense, inspire le plus.