Dix ans après la sortie du film phénomène « Demain », le paysage climatique et politique a radicalement changé. Alors que la COP30 de Belém vient de refermer ses portes en cette année 2025, l’heure n’est plus seulement à l’éveil des consciences, mais à une confrontation directe avec des forces conservatrices de plus en plus organisées. Cyril Dion, figure de proue du mouvement écologiste, pose aujourd’hui un constat lucide et inquiétant : désigner explicitement l’extrême droite comme une menace pour le vivant effraie les bailleurs de fonds. Dans un contexte où les financements sont le nerf de la guerre pour produire de nouveaux récits, cette frilosité économique risque de paralyser la riposte culturelle nécessaire face à l’urgence climatique. Retour sur une décennie de luttes, de succès locaux et de nouveaux défis démocratiques.
Cyril Dion : Écologie et extrême droite, un frein aux financements et à la liberté de ton
En 2025, la production de contenus engagés se heurte à un mur invisible mais particulièrement solide : celui de la frilosité financière. Cyril Dion, dont le travail consiste à éveiller les consciences par l’image et le récit, le vit aujourd’hui de plein fouet. Avec la journaliste Paloma Moritz, ils développent un projet ambitieux explorant les liens intrinsèques entre la santé de nos démocraties et la préservation de notre environnement. Cependant, le constat est sans appel : dire que l’extrême droite est un danger pour l’écologie peut devenir un véritable obstacle pour trouver des fonds. Cette réalité économique agit comme une censure insidieuse, empêchant certains sujets cruciaux d’être traités avec la profondeur requise.
Cette réticence des financeurs n’est pas anodine. Elle survient à un moment où la documentation scientifique et politique prouve pourtant le contraire. Dans tous les pays où l’extrême droite a accédé au pouvoir ou influence fortement les gouvernements, on observe une attaque systématique contre les régulations environnementales. L’alliance entre la droite conservatrice et les mouvements nationalistes en Europe cible désormais le cœur des règles de protection, comme le devoir de vigilance des entreprises. Pour comprendre ces dynamiques politiques complexes, il est utile de consulter des analyses détaillées sur le positionnement des différents partis face aux enjeux climatiques, qui éclairent souvent les contradictions entre discours populistes et réalités législatives.
Le risque financier pour les créateurs est double. D’une part, ils doivent naviguer dans un écosystème où les mécènes et les institutions craignent d’être associés à des discours jugés trop « politisés » ou clivants. D’autre part, ils font face à une contre-offensive idéologique massive. Cyril Dion souligne que nous sommes entrés dans une période de « backlash ». De grandes multinationales, voyant leurs intérêts menacés par les progrès écologiques des dix dernières années, s’appuient sur ces forces politiques pour démanteler les acquis. Ce n’est plus seulement de l’inertie ; c’est une volonté active de retour en arrière. Pour les acteurs du changement, cela signifie que la bataille ne se joue plus seulement sur le terrain des idées, mais aussi sur celui de la viabilité économique de leur propre militantisme.
Bilan d’une décennie : de l’espoir de la COP21 à l’urgence absolue de 2025
Il y a dix ans, le film « Demain » sortait dans un contexte porteur, juste avant la signature de l’Accord de Paris lors de la COP21. C’était une époque de promesses, où l’on pensait que la sensibilisation massive suffirait à inverser la vapeur. Aujourd’hui, alors que la COP30 de Belém vient de s’achever, le sentiment dominant est celui d’être « au pied du mur ». Le diagnostic posé par Cyril Dion en 2015 reste non seulement valable, mais il s’est aggravé. Nous avons désormais franchi la 7ème des 9 limites planétaires. Les points de bascule, comme celui des coraux, sont derrière nous, et le seuil des +1,5°C de réchauffement semble inéluctable avant 2030. C’est une accélération brutale du dérèglement et changement climatique qui ne laisse plus de place au doute.
Pourtant, tout n’est pas noir. Le film a agi comme un catalyseur puissant. Des villes comme Paris se sont inspirées de modèles présentés dans le documentaire, comme Copenhague, pour transformer leur urbanisme. La réduction de moitié de la pollution automobile dans la capitale française et l’explosion de la pratique du vélo témoignent de l’impact concret de ces récits inspirants. Dans le secteur industriel, des entreprises comme Pocheco continuent de prouver que l’écolonomie est viable : réduction drastique des matières premières, zéro plastique, et réintégration de la biodiversité sur les sites industriels. Ces exemples montrent que les solutions techniques et organisationnelles existent.
Cependant, le décalage entre ces réussites locales et la trajectoire globale est vertigineux. Si les initiatives individuelles et municipales foisonnent, la courbe des émissions mondiales peine à fléchir suffisamment vite. Le paradoxe de 2025 réside dans cette tension : jamais la conscience écologique n’a été aussi forte, et jamais les forces d’opposition n’ont été aussi virulentes. Pour ceux qui cherchent à mesurer leur empreinte carbone et à agir, le sentiment d’urgence est décuplé par la perception d’un temps qui s’accélère, face à un système politique qui, par endroits, semble freiner des quatre fers.
La guerre des imaginaires : une bataille culturelle face aux empires médiatiques
Si l’écologie est une question scientifique et politique, elle est avant tout, pour Cyril Dion, une question de récit. L’être humain est une « espèce fabulatrice », selon les mots de Nancy Huston. Nous construisons nos sociétés, nos économies et nos lois sur des fictions communes. Or, celui qui contrôle le récit contrôle le monde. Les régimes totalitaires l’ont toujours compris, des nazis produisant du cinéma en pleine guerre aux États-Unis utilisant Hollywood pour exporter l’American Way of Life. Aujourd’hui, cette guerre culturelle se rejoue avec une intensité nouvelle, orchestrée par des milliardaires aux agendas politiques clairs.
L’exemple de Vincent Bolloré est emblématique de cette stratégie. En rachetant des chaînes de télévision, des radios, des maisons d’édition et en s’imposant comme un acteur majeur du financement du cinéma via Canal+, il ne fait pas que du business : il impose un imaginaire. Ce récit, souvent conservateur et réactionnaire, sature l’espace médiatique et rend inaudibles les alternatives. Face à cette puissance de feu, les écologistes peinent parfois à imposer leur propre vision d’un avenir désirable. Il ne suffit plus de montrer des courbes de température ; il faut raconter une histoire plus séduisante que celle du consumérisme effréné.
C’est ici que la notion de « sobriété » doit être réinventée, non pas comme une privation, mais comme une libération. Il est crucial de découvrir l’écologie de manière décomplexée, loin des injonctions moralisatrices qui peuvent braquer une partie de l’opinion. Le défi est de construire des fictions où la vie sans pétrole n’est pas un retour à la bougie, mais une évolution vers plus de lien social et de sens. Ne pas investir ce champ de l’imaginaire, c’est laisser le champ libre à ceux qui vendent un passé fantasmé ou un techno-solutionnisme aveugle.
Démocratie et écologie : un destin lié face aux autoritarismes
Le lien entre la santé de nos institutions démocratiques et la protection de l’environnement est devenu l’un des sujets centraux de la réflexion de Cyril Dion en 2025. Les chiffres sont alarmants : selon le « Democracy Report 2025 », 72% de la population mondiale vit désormais sous un régime autocratique. Cette régression des libertés s’accompagne presque systématiquement d’une dévastation écologique accrue. Les régimes autoritaires, n’ayant pas de comptes à rendre à une société civile active, favorisent souvent les industries extractives et répriment les défenseurs de l’environnement.
L’équation posée est simple : pour sauver la planète, il faut sauver — et réinventer — la démocratie. Les modèles actuels de démocratie représentative montrent leurs limites, souvent capturés par une élite économique qui freine les changements nécessaires. À l’inverse, les expériences de démocratie délibérative, où des citoyens tirés au sort travaillent sur des solutions complexes, ont prouvé leur efficacité pour produire des politiques ambitieuses et justes. C’est une question de gouvernance, mais aussi de liberté individuelle. Défendre l’écologie, c’est aussi défendre le droit de choisir son avenir, un peu comme on défendrait le droit d’utiliser des logiciels libres face aux monopoles technologiques : c’est une question d’autonomie face aux systèmes imposés.
Contexte : L’Écologie face aux Crises
De l’espoir de la COP21 au « Backlash » de 2025
Données contextuelles pour l’article sur Cyril Dion
Le nouveau projet « Démocratie maintenant » vise à mettre en lumière ces citoyens qui tentent d’inventer de nouvelles formes de pouvoir partagé. Car l’écologie ne peut pas être imposée d’en haut de manière autoritaire sans créer de fractures sociales explosives. Elle doit naître d’un consensus construit, ce qui nécessite des espaces de débat sains et protégés, loin de la polarisation actuelle des réseaux sociaux et des médias d’opinion.
Quelles stratégies militantes pour 2035 ? L’efficacité avant tout
Face à l’urgence, les méthodes de mobilisation ont dû évoluer. Si les grandes marches pour le climat de 2018-2020 ont été cruciales pour placer l’enjeu au centre du débat médiatique, elles ne suffisent plus aujourd’hui. Cyril Dion note une évolution vers des actions plus ciblées et aux objectifs définis. Les pétitions massives, comme celle contre la réintroduction des néonicotinoïdes (loi Duplomb), ou les recours juridiques de type « L’Affaire du Siècle », ont permis de remporter des victoires concrètes. Se fixer un but précis, comme l’interdiction des polluants éternels (PFAS) ou l’arrêt d’un projet autoroutier comme l’A69, mobilise davantage qu’un appel général à « sauver le climat ».
Il y a aussi une remise en question de certaines « solutions » passées. Le recyclage, longtemps présenté comme la panacée, montre ses limites. Il a souvent servi d’alibi aux industriels pour ne pas réduire la production à la source. La lutte doit désormais se focaliser sur la réduction de la matière et de l’énergie consommée. Cela implique de repenser nos modes de vie en profondeur, comme par exemple envisager une vie sans voiture individuelle pour le climat dans les zones urbaines, non plus comme une contrainte, mais comme une transformation structurelle de l’espace public.
| Enjeu 🌍 | Vision en 2015 (Sortie de « Demain ») | Réalité en 2025 |
|---|---|---|
| Mobilisation | Éveil des consciences, début de l’engagement citoyen massif. | Polarisation extrême, activisme juridique et backlash conservateur. |
| Politique | Accords internationaux prometteurs (COP21). | Montée de l’extrême droite freinant les régulations écologiques. |
| Économie | Focus sur l’économie circulaire et le recyclage. | Nécessité de sobriété et de réduction à la source face aux limites planétaires. |
Pour le Cyril Dion de 2035, l’objectif est clair : avoir réussi à conjuguer sagesse personnelle et efficacité collective. Ne pas se laisser écraser par l’éco-anxiété, mais transformer cette lucidité en action stratégique. Les dix prochaines années seront décisives non seulement pour le climat, mais pour la définition même de ce que signifie vivre en société. Il ne s’agit plus seulement de trier ses déchets, mais de s’attaquer aux structures mêmes du pouvoir financier et politique qui entravent la transition.